
Vidéoprotection : vos caméras en savent plus que vous ne le pensez
Une collectivité peut déjà utiliser ses caméras de vidéoprotection pour mieux connaître son territoire : compter les piétons, les vélos ou les voitures, mesurer la fréquentation d’une place, repérer les contresens. C’est l’un des messages du livre blanc « Vidéoprotection, au service des élus et des futurs élus » de l’AN2V (Association Nationale de la Vidéoprotection). Alyce, membre de l’association, a contribué à ce travail collectif. Voici l’essentiel à retenir.
Temps de lecture : 5 min
À quoi sert une caméra, au-delà de la sécurité ?
Une caméra de vidéoprotection est aussi un capteur de mobilité. Elle peut compter les piétons d’une rue commerçante, les vélos d’une piste cyclable ou les voitures d’un carrefour, mesurer une congestion ou vérifier qu’un aménagement est bien utilisé. Un parc de caméras devient alors un observatoire du territoire, utile pour évaluer une politique de mobilité ou préparer un Plan de Mobilité.
Le sujet est mûr : selon une étude citée dans le livre blanc, 94,5 % des élus et cadres territoriaux sont favorables à l’analyse automatisée des images pour des usages concrets.
Quelle différence entre R2A et R2D ?
Le livre blanc distingue deux logiques. La R2D (remontée automatique de données) produit des statistiques agrégées. La R2A (remontée automatique d’alerte) signale en temps réel une situation à un opérateur, qui décide de la suite. Dans les deux cas, on analyse des situations, jamais des identités.
| R2D : mesurer | R2A : alerter | |
|---|---|---|
| Ce que ça produit | Des statistiques agrégées | Une alerte envoyée à un opérateur |
| Temporalité | Dans la durée | En temps réel |
| Exemples | Vélos par jour, fréquentation d’une place, contresens par semaine | Véhicule à contresens, mouvement de foule |
| Sur la voie publique | Envisageable dès aujourd’hui | Expérimentation jusqu’au 31/12/2030, sur autorisation du préfet |
| Sur un site privé ou maîtrisé | Envisageable | Envisageable, avec une gouvernance claire |

Qu’est-ce qui est autorisé aujourd’hui ?
Mesurer, oui. Les usages statistiques sont envisageables dès maintenant, si les données sont agrégées, non intrusives et validées par le Délégué à la Protection des Données (DPD) de la collectivité, après une analyse d’impact (AIPD).
Alerter sur la voie publique, seulement à titre expérimental. L’alerte automatique n’est toujours pas autorisée en droit commun. L’expérimentation ouverte pour les JO de Paris 2024 a été prolongée jusqu’au 31 décembre 2030 par la loi du 18 août 2026, et étendue à certains lieux ouverts au public particulièrement exposés. Elle reste soumise à une autorisation du préfet, limitée dans le temps et à des situations prédéfinies. Le conseil de l’AN2V reste valable : s’y préparer, sans rien déployer hors de ce cadre.
Le socle reste le même : autorisation du préfet, finalités prévues par l’article L251-2 du Code de la sécurité intérieure, information du public et conservation des images limitée à un mois, comme le rappelle la CNIL. Le règlement européen sur l’IA interdit par ailleurs la reconnaissance faciale en temps réel à des fins d’identification généralisée dans l’espace public.
Par où commencer ?
- Que veut-on mesurer ? Un flux, un usage, une fréquentation.
- Où ? Voie publique, ERP ou site privé : les règles changent.
- Est-ce conforme ? AIPD, durées de conservation, information du public.
- Qui exploite les données ? Et pour éclairer quelle décision ?
- Comment en rendre compte ? Aux élus, au conseil municipal, aux habitants.
Que permet minUi® ?
minUi®, le logiciel d’analyse vidéo d’Alyce, transforme les images de vos caméras existantes en données de mobilité, en temps réel ou en différé. Il est compatible Genetec et Milestone et fonctionne sans reconnaissance faciale.
Pour mesurer
- comptages par mode : voitures, utilitaires, poids lourds, bus, deux-roues, vélos, piétons, trottinettes
- vitesses, trajectoires, taux d’occupation, disponibilité des places ;
- fréquentation et dénombrement des foules ;
- contresens, stationnement gênant, véhicules sur les pistes cyclables (voir notre article sur la sécurité routière).
Pour alerter
- véhicules à contresens et incidents de circulation ;
- mouvements de foule ;
- stationnement gênant ;
- intrusions et bagages abandonnés.
Vous voulez savoir ce que vos caméras pourraient vous apprendre ? Parlons-en.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser les caméras de vidéoprotection pour compter les vélos ou les piétons ?
Oui. Selon le livre blanc de l’AN2V, le comptage est un usage de remontée de données (R2D) envisageable dès aujourd’hui, y compris sur la voie publique, à condition que les données restent agrégées, sans donnée biométrique, et que le projet soit validé par le DPD de la collectivité.
Qu’est-ce qu’une AIPD ?
L’AIPD, ou analyse d’impact relative à la protection des données, est une étude menée avant de lancer un projet. Elle évalue les risques pour la vie privée des personnes filmées et prévoit les mesures pour les réduire. L’article 35 du RGPD l’impose notamment pour la surveillance à grande échelle d’une zone accessible au public. La CNIL propose un guide et un outil gratuit pour la réaliser.
Peut-on recevoir des alertes de contresens sur la voie publique ?
Pas librement. En novembre 2026, l’alerte automatique dans l’espace public reste une expérimentation, prolongée jusqu’au 31 décembre 2030 : elle n’est possible que sur autorisation du préfet, pour des lieux et des situations définis. Elle est envisageable sur des sites privés ou maîtrisés. En revanche, mesurer les contresens de façon statistique est possible.
minUi® utilise-t-il la reconnaissance faciale ?
Non. minUi® analyse des flux et des situations (véhicules, piétons, vélos, occupation d’un espace), jamais l’identité des personnes. C’est aussi le principe posé par le livre blanc : détecter des situations, pas des identités.
Combien de temps peut-on conserver les images de vidéoprotection ?
Un mois au maximum pour les caméras filmant la voie publique, selon la CNIL. Les données statistiques issues de l’analyse, elles, ont leur propre durée de conservation, à définir dans l’AIPD.
Faut-il des caméras spécifiques pour utiliser minUi® ?
Non. minUi® peut exploiter les flux des caméras déjà installées, avec une compatibilité Genetec et Milestone.
Sources
- AN2V, livre blanc « Vidéoprotection, au service des élus et des futurs élus »
- CNIL, La vidéoprotection (mise à jour du 9 mars 2026)
- CNIL, L’analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD)
- Règlement général sur la protection des données (RGPD), article 35
- Conseil constitutionnel, décision n° 2026-915 DC du 14 août 2026 (loi du 18 août 2026, article 50)
- Code de la sécurité intérieure, article L251-2
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle